Ecrit dans le cadre du Concours de Nouvelles de la Biennale de Lyon 2011, 
ce court texte ne devait pas excéder les 2011 signes et porter ce titre... 
Bonne lecture ! 

Étrange histoire que je suis sur le point de vous dire. Celle d’une terrible beauté née des œuvres d’un homme hagard et d’une femme sans avenir. Née sans cri, sans karma, sans tendresse. Sa mère est morte en couches de cette violente grossesse.

Elle attend son tour.

Elle attend son tour et au détour du temps elle, qui a tout juste vingt ans, expérimente l’amour. D’avoir cette beauté, cette terrible beauté née de père inconnu et de femme condamnée, cette terrible beauté pense qu’elle aimerait bien pouvoir juste la troquer.

Car, dans ses plus beaux atours, cette beauté vénéneuse recèle bien malgré elle un terrible secret, l’hideuse. Bien vite, les prétendants accourent et devant beauté si féroce, la plupart d’entre eux, subjugués, s’inclinent de force.

Ils dorment dans sa cour.

Pourtant dès qu’il l’embrasse, l’heureux élu trépasse, sur le point de dire :  à la vie ! La mort ravit l’heureux. Malheur alors à lui, qui scelle son triste sort à celle qui n’a qu’un corps divin et des canines de feu.

Qu’emportent donc ces âmes de cette fête si charnelle comme souvenir divin lorsqu’elles montent au ciel ? N’ont-ils pas fait le poids, dans la modeste balance, d’un cœur plus fin que l’air qui leur donnerait une chance ? Ils contemplent, du haut de leur séjour, des scènes chaotiques et tordues et semblent scander le ciel de petits rires pointus.

Aucun n’est revenu de ces galants festins, pour prévenir le suivant d’un funeste destin.

 Un jour pourtant un soupirant subsiste. Qu’a-t-il de plus pour qu’elle, beauté hostile, résiste ?

A-t-il un cœur si pur qu’il ait pu l’approcher, qu’avait-elle de si dur, qu’il ait pu apaiser ? Serait-ce ses mains de flanelle, son parfum de ciste ? Mystère charnel vous répondrais-je, l’homme est son analyste !

Dans la nuit, elle contemple son amant endormi, entre les oreillers, innocent et sauvage, défiant son terrible secret, enfoui. Car du fond de son âme, cette terrible beauté, née d’un bien triste drame, sait qu’elle aimerait bien pouvoir juste… le croquer.

 

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