Oyez Oyez bonnes gens, connaissez vous l’histoire des trois jeunes filles confrontées un soir d’hiver à des daims? Parties à la tombée du jour se balader, elle aperçoivent au soleil couchant, en pleine Grande Rue, trois animaux lancés dans leur trajectoire. La proximité du monde des hommes leur masque encore la réalité des choses. Les jeunes filles se rassurent, il s’agit sans doute de chiens. Pourtant les animaux n’aboient pas. Ils courent vite, semblent fendre l’air. Bientôt ils arrivent devant les jeunes filles. La rencontre se fait alors. Fugace, violente et sauvage.
Ce qui n’était jamais arrivé, arriva. Trois animaux traqués, à découvert, la nuit tombant, en pleine Grande Rue. Que s’est-il passé pour qu’ils prennent ce risque inouï en pleine période de chasse?
Il est vrai que peu de temps avant cette rencontre étrange, une des jeunes filles avait vu en songe apparaître cet animal. Dès lors, il avait pris une place de plus en plus grande dans son esprit et commençait à devenir une douce obsession, un leitmotiv, un univers.
Le lendemain les trois jeunes filles décident de reprendre leur balade et s’éloignent un tout petit peu plus dans la forêt. Elles ont oublié leur rencontre furtive de la veille car elles se racontent beaucoup d’histoires. Chemin faisant, elles traversent un champ de paysan où nulle trace de culture n’est encore visible. C’est l’automne, il fait déjà bien froid. L’une des jeunes filles est en train de raconter une histoire qui fait peur. Elles suivent des yeux l’empreinte de leurs pas dans la tourbe molle qui borde la lisière du champ. Il fait bien sombre ce jour-là et le ciel menace maintenant. Elles vont bientôt rentrer et se réchauffer au coin du feu. C’est vers le petit étang de la Berge que le jeune faon est sorti. Elles ne l’avaient pas vu venir, toutes absorbées qu’elles étaient à leur histoire frissonnante. Il est sorti du bois dans un tonnerre d’éboulis. Les frondaisons se sont agitées vivement, le bois s’est comme ouvert. Les trois jeunes filles, surprises et effrayées ont formé une pyramide humaine. Ce même rictus imprimé sur leurs lèvres, sur la face du faon et ceux des daims de la veille. Une bouche déformée par cette inquiétante étrangeté. Le faon dérapa dans les graviers, et retourna dans ses bois comme il était apparu. La pyramide est restée là une bonne minute à attendre.
On ne se remet jamais vraiment d’une rencontre aussi impromptu avec le monde sauvage. Cet animal interfère-t-il en notre faveur ? Il est des choses bien étranges en ce bas monde qui viennent de loin, d’un monde en sourdine qui ne demande qu’à se manifester si on l’appelle. De brèves apparitions bouleversent ainsi la vie des gens. Le daim, par son courage nous rappelle la proximité de deux mondes qui se côtoient sans réellement se voir.  Sortons nous aussi du bosquet, allons courir le vaste monde. Pénétrons des lieux interdits, défendus. Surmontons nos peurs pour apercevoir l’envers du décor, c’est à dire notre intériorité, notre imaginaire profond. Entourons nous de peaux, convoquons par son nom sa puissance bienfaitrice pour qu’il puisse nous ouvrir les chemins de la creation et des histoires sans fin.
Que le Nubuk s’élance !
 
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